Archives mensuelles : juin 2015

Je mets, sur ce blog, un billet que je n’oserais pas mettre ailleurs, tant ce que je vais dire peut choquer certains… Je vais  en effet aller un pas plus loin que ce que j’ai jamais écrit.

En relisant le livre de Pierre Jovanovic « Enquête sur l’existence des anges gardiens », j’ai été frappé, dans la partie consacrée aux saints et saintes stigmatisés ou incorruptibles après leur mort, par le fait que la plupart d’entre eux et elles  (il s’agit essentiellement de femmes) s’associent aux douleurs du Christ d’une façon extrêmement vive, souffrant  une  passion très douloureuse, et étant pourtant radieuses/radieux d’amour. Et ceci, en général, non par référence à la passion du Christ d’il y a 2000 ans, mais par rapport au présent. Une forme très haute de sainteté, confirmée par les stigmates ou l’incorruptibilité, semble être de s’associer au Christ présent, et parfois visible, qui dit à ses saints de souffrir pour les pécheurs, afin de les tirer de l’enfer.

Dans la lecture que j’avais faite de ce livre il y a quelques années, j’avais, comme sans doute presque tout le monde, attribué ce que disent ces saintes – et leur relation amoureuse et douloureuse avec le Christ – à la culture d’époques passées; à une spiritualité qui n’est plus la nôtre. Mais est-ce bien le cas?

D’abord certains de ces saints, ou futurs saints, sont extrêmement récents: Georgette Faniel (chapitre 9) est morte en 2002; les stigmates de Katsuko Sasagawa (chapitre 12) datent de 1973; et Padre Pio a sans doute pas mal souffert lui aussi.

Ensuite et surtout, c’est notre spiritualité qui se refuse à entendre ce que  le Christ dit à ces témoins: il leur parle de s’associer à ses souffrances, c’est à dire d’aller toujours plus loin dans l’amour et l’oubli de soi. Nous nous refusons à l’entendre parce que ce n’est pas ainsi que nous concevons l’au-delà – ni bien entendu déjà notre existence terrestre…

Alors je me suis dit – ou plutôt j’ai eu le sentiment que Jésus me disait – qu’il y a là un mystère de l’au-delà que nous avons tendance à écarter. Un mystère de souffrance. Ces saints ne nous parlent pas d’un événement passé, à savoir la passion du Christ il y a 2000 ans; ils nous parlent de notre aujourd’hui.

Je sais que peu de ceux qui liront ces lignes accepteront de me suivre, mais je me demande, quand on parle de « paradis » et même de purgatoire, si on ne simplifie pas trop les choses, notamment en étant convaincu que ce ne sera pas trop pénible. La réalité est peut-être bien différente (et je reprends ici, en l’élargissant, une démarche d’ouverture méthodique qui était déjà celle du livre « Le fait Jésus« ).

Paradis, ou agonie? Et si la terre n’était qu’une première étape, qui précède des étapes plus difficiles? J’ai déjà écrit des textes en ce sens il y a longtemps. La lutte contre les puissances du mal continue peut-être dans l’au-delà; elle suppose peut-être de  supporter une agonie. En tout cas cela peut être notre vocation.

Il ne s’agit pas de faire peur, ni d’avoir peur; ni de décourager ceux qui souffrent déjà beaucoup sur terre. Mais il s’agit, si on a vraiment compris ce qu’est l’amour, d’entrer dans une relation d’abandon total au Christ, en acceptant ce qu’il voudra faire de nous pour que nous participions à sa vie :  en nous donnant nous-mêmes pour éteindre le mal. Tâche infinie.

Pascal n’avait-il pas écrit: « Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde; il ne faut pas dormir pendant ce temps là »?

On dira: pourtant   les NDE  montrent un univers d’amour extraordinaire, dans lequel nous entrerons!
Oui,  il s’agit bien d’amour! Mais l’amour le plus grand est un amour qui accepte de souffrir.  De se laisser entrer aussi complètement que possible dans la compréhension et le ressenti de l’amour souffrant. Les NDE ne sont d’ailleurs semble-t-il qu’une antichambre.

Jésus nous guidera. Nous serons « avec lui » (Luc 23,43) pour les combats de l’au-delà.

Et ce sera le paradis.

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